Le Billet

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Document fondateur du Shin Kakutogi

Daté du 26 avril 2015 et portant la signature de Jon Bluming, ce document manuscrit formalise la création du groupe Kyokushin Budokai – Shin Kakutogi au sein de l’IBK.

Le texte prévoit une évolution du groupe sous l’autorité de Jon Bluming et en confie alors la direction à Tatsuya Shikano pour le Japon et à Lionel Bricnet pour l’Europe (France).

Il affirme également une exigence technique élevée et un principe d’ouverture : le groupe travaille et évolue sans distinction d’origine ethnique, de convictions politiques, de religion ou de nationalité.

Hommage à un type extraordinaire

Kregg JORGENSON appartient à cette catégorie d’hommes rares dont la vie se forge dans l’épreuve, la discipline et l’honneur. Héros de la guerre du Viêt Nam, soldat de plusieurs campagnes, membre des forces spéciales américaines, il incarne aujourd’hui encore l’archétype du combattant total : courage physique, lucidité technique, droiture morale.

Kregg Jorgenson en garde, en dōgi blanc et ceinture noire au dojo

Engagé au sein des US Army Rangers, puis intégré dans des unités d’élite héliportées opérant au cœur des zones les plus dangereuses, Jorgenson affronte ce que peu d’hommes peuvent supporter. Plusieurs fois blessé au combat, il revient toujours, plus déterminé, plus affûté, plus résolu.

Ses décorations militaires témoignent de cette bravoure exceptionnelle : il porte la Silver Star, troisième plus haute distinction américaine pour héroïsme au combat. Il reçoit deux Bronze Stars, récompensant son courage et son mérite en zone de guerre. Il est blessé trois fois et se voit décerner trois Purple Hearts. Il arbore également le Combat Infantryman Badge, symbole de son engagement direct dans les combats les plus intenses.

Ces médailles ne sont pas de simples décorations : ce sont les marques visibles d’une vie passée à protéger, à servir, à se tenir debout là où d’autres reculent.

Photographie en noir et blanc de Kregg Jorgenson en tenue militaire

Parmi les épisodes les plus marquants de sa carrière, celui du 17 novembre 1969 demeure l’un des plus emblématiques. Ce jour-là, Jorgenson opère au sein d’une équipe LRRP (Long Range Reconnaissance Patrol) de la 1st Cavalry Division, ces unités d’élite chargées d’infiltrer profondément les zones hostiles, souvent derrière les lignes ennemies.

Son équipe tombe dans une embuscade d’une violence extrême. Les tirs ennemis saturent la jungle, les éclats frappent les arbres, les communications deviennent chaotiques. Malgré la supériorité numérique de l’adversaire, malgré les blessés, malgré l’isolement, Jorgenson refuse de céder. Il protège ses camarades, riposte avec précision, coordonne les mouvements, stabilise la situation et contribue à repousser l’ennemi jusqu’à l’arrivée d’une force de secours.

Cet engagement héroïque lui vaudra l’une de ses plus hautes distinctions : la Silver Star.

Blessé au cours de cette action, Jorgenson est évacué vers un hôpital de campagne. Mais son esprit de corps, sa loyauté et son sens du devoir surpassent la douleur et les recommandations médicales.

Refusant de rester alité alors que ses camarades poursuivent la mission, il quitte l’hôpital sans autorisation, traverse la zone opérationnelle, et retourne auprès de son unité. Ce geste, à la fois insensé et admirable, illustre parfaitement l’homme : un soldat pour qui la fraternité d’armes passe avant tout, même avant sa propre survie.

Certaines de ses actions au feu ont été filmées en direct par les reporters de CBS, témoignant de la réalité brutale du combat et de la maîtrise exceptionnelle de Jorgenson. Ces images, diffusées à l’époque aux États-Unis, montrent un homme calme sous le feu, précis dans ses gestes, lucide dans ses décisions — un combattant dont la présence impose le respect, même au milieu du chaos.

Kregg Jorgenson sert dans plusieurs unités de reconnaissance longue portée, notamment au sein des LRRP du 1st Cavalry Division, puis dans des détachements spécialisés opérant en zones à haut risque. Les LRRP — ancêtres des Rangers modernes — étaient composés de soldats triés sur le volet, capables d’opérer isolés, en autonomie totale, souvent derrière les lignes ennemies.

Jorgenson y excelle : endurance, sang-froid, sens tactique, capacité à lire le terrain, à anticiper, à survivre. Ses camarades le décrivent comme un homme « fait pour ce type de guerre », un éclaireur né, un combattant dont la présence rassure et galvanise.

Au-delà du champ de bataille, Kregg Jorgenson est un pratiquant d’arts martiaux émérite, profondément investi dans le Kyokushin-Budokaï / All Round Fighting, ce karaté total où l’efficacité prime, où le mental se met à nu, où la vérité du combat se révèle sans artifice.

Il ne pratique pas pour la gloire, ni pour les grades, mais pour la quête intérieure, pour l’exigence, pour la vérité du geste. Son engagement dans le Budokaï est celui d’un homme qui connaît la réalité du combat réel et qui retrouve dans cette discipline la même intensité, la même rigueur, la même honnêteté.

Le grand maître Jon Bluming, figure légendaire du Kyokushin et fondateur du Budokaï, parle de lui avec une affection profonde. Il affirme :

« Kregg possède toutes les qualités d’un authentique combattant : physiques, techniques et morales. C’est un véritable samouraï. »

Jon Bluming
Kregg Jorgenson et Jon Bluming, en dōgi, sur une photographie d’archives en noir et blanc

Dans la bouche de Bluming, ces mots ne sont jamais prononcés à la légère. Ils consacrent un homme qui, dans le dojo comme sur le terrain, incarne l’esprit du All Round Fighting : puissance, précision, courage, respect.

Kregg Jorgenson est aussi un écrivain, un témoin lucide de son époque, de ses missions, de ses frères d’armes. Ses récits, empreints de réalisme, d’humilité et parfois de douleur, ne glorifient jamais la guerre. Il la raconte telle qu’elle est : brutale, exigeante, implacable, mais aussi révélatrice de la fraternité, de la loyauté et de la force morale des hommes qui la traversent.

Ses ouvrages — Stalking the Dragon, Eyes Behind the Lines, LRRP Team Leader, Notorious Sniper Stories, et d’autres récits marquants — deviennent des références pour ceux qui cherchent à comprendre ce que signifie réellement servir dans les forces spéciales, affronter le danger, survivre, et continuer à avancer.

Dans des récits poignants tels que Acceptable Loss ou MIA Rescue, il met ses qualités intellectuelles et morales au service de la vérité nue, souvent moche, décrivant la réalité brute de la guerre avec l’honnêteté qui caractérise les hommes d’honneur.

Après la guerre, Jorgenson poursuit une carrière exemplaire comme K9 Officer au sein des douanes américaines. Là encore, il se distingue par son professionnalisme, sa droiture et son engagement sans faille. Le travail avec les chiens d’intervention exige une confiance absolue, une discipline parfaite, une capacité à agir vite et juste.

Kregg Jorgenson sert avec la même intensité que sur le terrain militaire : sans compromis, sans faiblesse, avec honneur.

Il aime à déclarer, avec l’humour et la modestie qui le caractérisent :

« C’est mon clébard qui faisait tout le boulot, et moi, je récupérais le salaire. »

Kregg Jorgenson

Kregg Jorgenson laisse une image claire, forte, indélébile : celle d’un homme qui ne cesse de se battre pour ce qui est juste, qui porte haut les valeurs du Kyokushin-Budokaï, qui vit selon les principes du Bushido, qui sert son pays avec courage, et qui transmet son expérience avec sincérité.

Il est un soldat d’élite. Il est un pratiquant martial accompli. Il est un écrivain de vérité. Il est un protecteur, un frère d’armes, un homme droit.

Et pour ceux qui le connaissent, il demeure toujours ce que Jon Bluming voit en lui : un véritable samouraï moderne.

L’organisation Kyokushin-Budokaï Shin KakutoGi est fière de compter dans ses rangs ce combattant légendaire, ce maître hors du commun, cet Homme au sens le plus noble. Sa présence, son exemple, son parcours et son esprit enrichissent profondément notre voie martiale et honorent notre communauté.

OSU ! Merci ShiHan…